La longue histoire de la geôle de Southwark illustre la continuité entre lieux de culte, de pouvoir et de répression : du temple païen au palais royal, de la forteresse sacrée à la prison, un même espace se transforme tout en conservant une vocation de domination.
By Victor Hugo, from L'Homme qui rit
Key Arguments
- Hugo énumère les métamorphoses successives du bâtiment, montrant le glissement progressif du sacré et du politique vers le pénal : « Un temple païen, construit par les vieux Cattieuchlans pour les Mogons, qui sont d'anciens dieux anglais, devenu palais pour Ethelulfe11 et forteresse pour saint Édouard, puis élevé à la dignité de prison en 1199 par Jean Sans-Terre, c'était là la geôle de Southwark. »
- Il signale que le lieu fut longtemps un 'ancien lieu d'exorcismes et de tourments', spécialisé dans les sorciers, ce qui relie l’exercice de la justice à des pratiques de persécution religieuse : « La geôle de Southwark, ancien lieu d'exorcismes et de tourments, avait d'abord eu pour spécialité les sorciers, »
- Les deux vers latins gravés sur la pierre, distinguant 'arreptitii' et 'energumenus', montrent que cette continuité s’accompagne d’une pseudo‑science du démoniaque qui justifie théologiquement la répression : « Vers qui fixent la nuance délicate entre le démoniaque et l'énergumène. »
- Le maintien, au‑dessus du guichet, d’un 'signe de haute justice', l’échelle patibulaire, rappelle que ce lieu de culte devenu prison reste marqué par la peine capitale : « Au-dessus de cette inscription était clouée à plat contre le mur, signe de haute justice, une échelle de pierre, »
Source Quotes
Rien dans cet édifice vermoulu et revêche ne démentait la mine discourtoise propre à une prison. Un temple païen, construit par les vieux Cattieuchlans pour les Mogons, qui sont d'anciens dieux anglais, devenu palais pour Ethelulfe11 et forteresse pour saint Édouard, puis élevé à la dignité de prison en 1199 par Jean Sans-Terre, c'était là la geôle de Southwark. Cette geôle, d'abord traversée par une rue, comme Chenonceaux l'est par une rivière, avait été pendant un siècle ou deux une gate, c'est-à-dire une porte de faubourg ; puis on avait muré le passage.
On éprouvait, en présence de ces constructions inclémentes et sauvages, la même angoisse que ressentaient les navigateurs antiques devant les enfers d'esclaves dont parle Plaute, îles ferricrépitantes, ferricrepiditœ insulœ, lorsqu'ils passaient assez près pour entendre le bruit des chaînes. La geôle de Southwark, ancien lieu d'exorcismes et de tourments, avait d'abord eu pour spécialité les sorciers, ainsi que l'indiquaient ces deux vers gravés sur une pierre fruste au-dessus du guichet : Sunt arreptitii vexati dœmone multo. Est energumenus quem dœmon possidet unus13.
Est energumenus quem dœmon possidet unus13. Vers qui fixent la nuance délicate entre le démoniaque et l'énergumène. Au-dessus de cette inscription était clouée à plat contre le mur, signe de haute justice, une échelle de pierre, laquelle avait été de bois jadis, mais changée en pierre par l'enfouissement dans la terre pétrifiante du lieu nommé Aspley-Gowis, près l'abbaye de Woburn.
Vers qui fixent la nuance délicate entre le démoniaque et l'énergumène. Au-dessus de cette inscription était clouée à plat contre le mur, signe de haute justice, une échelle de pierre, laquelle avait été de bois jadis, mais changée en pierre par l'enfouissement dans la terre pétrifiante du lieu nommé Aspley-Gowis, près l'abbaye de Woburn. La prison de Southwark, aujourd'hui démolie, donnait sur deux rues, auxquelles, comme gate, elle avait autrefois servi de communication, et avait deux portes : sur la grande rue, la porte d'apparat, destinée aux autorités, et, sur la ruette, la porte de souffrance, destinée au reste des vivants.
Key Concepts
- Un temple païen, construit par les vieux Cattieuchlans pour les Mogons, qui sont d'anciens dieux anglais, devenu palais pour Ethelulfe11 et forteresse pour saint Édouard, puis élevé à la dignité de prison en 1199 par Jean Sans-Terre, c'était là la geôle de Southwark.
- La geôle de Southwark, ancien lieu d'exorcismes et de tourments, avait d'abord eu pour spécialité les sorciers, ainsi que l'indiquaient ces deux vers gravés sur une pierre fruste au-dessus du guichet :
- Vers qui fixent la nuance délicate entre le démoniaque et l'énergumène.
- Au-dessus de cette inscription était clouée à plat contre le mur, signe de haute justice, une échelle de pierre,
Context
Au moment de situer historiquement la prison où Gwynplaine est enfermé, le narrateur reconstitue la généalogie du bâtiment et souligne la continuité fonctionnelle entre temple, palais, forteresse et geôle.