L’attitude de l’ourque Matutina, qui affronte la tempête naissante pour fuir vers le large alors que tous les autres navires cherchent refuge, révèle une fuite criminelle : ses passagers craignent davantage la poursuite des hommes que celle des vents.

By Victor Hugo, from L'Homme qui rit

Key Arguments

  • Hugo souligne que la situation météorologique rend tout départ imprudent, ce qui rend le comportement de l’ourque significatif : « La pesanteur de la tempête en surplomb et pendante apaisait lugubrement le flot. Ce n'était point le moment de partir. L'ourque était partie cependant. »
  • Il note que tous les autres bateaux convergent vers le mouillage alors que l’ourque met le cap au sud et se couvre de toile, comme décidée à profiter de l’ouragan : « Depuis quelques moments la rade n'était plus déserte. À chaque instant surgissaient de derrière les caps des barques inquiètes se hâtant vers le mouillage. [...] Ce n'était point le moment de partir. L'ourque était partie cependant. Elle avait mis le cap au sud. [...] tout à coup la bise souffla en rafale ; la Matutina, qu'on distinguait encore très nettement, se couvrit de toile, comme résolue à profiter de l'ouragan. »
  • Il interprète explicitement cette conduite comme un signe de fuite devant la justice humaine plutôt que d’audace maritime : « Ceci indiquait une fuite plutôt qu'un voyage, moins de crainte de la mer que de la terre, et plus de souci de la poursuite des hommes que de la poursuite des vents. »

Source Quotes

La pesanteur de la tempête en surplomb et pendante apaisait lugubrement le flot. Ce n'était point le moment de partir. L'ourque était partie cependant. Elle avait mis le cap au sud.
L'ourque était partie cependant. Elle avait mis le cap au sud. Elle était déjà hors du golfe et en haute mer. Tout à coup la bise souffla en rafale ; la Matutina, qu'on distinguait encore très nettement, se couvrit de toile, comme résolue à profiter de l'ouragan.
Elle était déjà hors du golfe et en haute mer. Tout à coup la bise souffla en rafale ; la Matutina, qu'on distinguait encore très nettement, se couvrit de toile, comme résolue à profiter de l'ouragan. C'était le noroît, qu'on nommait jadis vent de galerne, bise sournoise et colère.
L'ourque, prise de côté, pencha, mais n'hésita pas, et continua sa course vers le large. Ceci indiquait une fuite plutôt qu'un voyage, moins de crainte de la mer que de la terre, et plus de souci de la poursuite des hommes que de la poursuite des vents. L'ourque, passant par tous les degrés de l'amoindrissement, s'enfonça dans l'horizon ; la petite étoile qu'elle traînait dans l'ombre, pâlit ; l'ourque, de plus en plus amalgamée à la nuit, disparut.

Key Concepts

  • Ce n'était point le moment de partir. L'ourque était partie cependant.
  • Elle avait mis le cap au sud. Elle était déjà hors du golfe et en haute mer.
  • tout à coup la bise souffla en rafale ; la Matutina, qu'on distinguait encore très nettement, se couvrit de toile, comme résolue à profiter de l'ouragan.
  • Ceci indiquait une fuite plutôt qu'un voyage, moins de crainte de la mer que de la terre, et plus de souci de la poursuite des hommes que de la poursuite des vents.

Context

Dans la dernière partie du passage, alors que la tempête se lève et que les navires rentrent au port, Hugo analyse la conduite de la Matutina pour révéler, au‑delà du simple mouvement nautique, la culpabilité et la peur judiciaire de ceux qui viennent d’abandonner l’enfant.