Même au plus bas de l’échelle sociale et dans l’abandon total, il existe un instinct de solidarité sacrificielle : l’enfant perdu, lui‑même menacé de mort, se dépouille de son unique vêtement chaud pour sauver plus faible que lui, ce qui fait naître entre eux un premier « baiser » d’âmes dans les ténèbres.
By Victor Hugo, from L'Homme qui rit
Key Arguments
- Hugo montre d’abord le réflexe de peur et de fuite chez le garçon (« Alors il eut peur et songea à fuir. »), puis l’instinct contraire qui le ramène vers la plainte et l’amène à creuser la neige : « L'enfant s'avança du côté d'où venait la voix. »
- Après avoir découvert la petite fille presque morte, il lui sacrifie sa seule protection : « Il avait sur lui un vêtement sec et chaud, sa vareuse. Il posa le nourrisson sur la poitrine de la morte, ôta sa vareuse, en enveloppa la petite fille, ressaisit l'enfant, et, presque nu maintenant sous les bouffées de neige que soufflait la bise, emportant la petite dans ses bras, il se remit en route. »
- Hugo signale la réponse immédiate du nourrisson, qui se calme au contact de ce sauveur enfant : « Quand la petite se sentit dans ses bras, elle cessa de crier. »
- Il qualifie l’union qui se forme entre eux de « Premier baiser de ces deux âmes dans les ténèbres. », ce qui élève le geste concret de secours au rang de communion spirituelle.
- L’image des « deux visages des deux enfants » qui se touchent, et des lèvres du nourrisson cherchant la joue du garçon « comme d'une mamelle », suggère une fraternisation où l’enfant devient symboliquement mère pour l’autre.
Source Quotes
Cette voix avait un peu du bêlement d'un agneau. Alors il eut peur et songea à fuir. Le gémissement reprit.
C'était une réclamation expirante instinctivement faite à la quantité de secours qui est en suspens dans l'étendue ; c'était on ne sait quel bégaiement d'agonie adressé à une Providence possible. L'enfant s'avança du côté d'où venait la voix. Il ne voyait toujours rien.
Le garçon sentit ce froid terrible. Il avait sur lui un vêtement sec et chaud, sa vareuse. Il posa le nourrisson sur la poitrine de la morte, ôta sa vareuse, en enveloppa la petite fille, ressaisit l'enfant, et, presque nu maintenant sous les bouffées de neige que soufflait la bise, emportant la petite dans ses bras, il se remit en route. La petite ayant réussi à retrouver la joue du garçon, y appuya sa bouche, et, réchauffée, s'endormit.
Il l'avait prise dans ses bras. Quand la petite se sentit dans ses bras, elle cessa de crier. Les deux visages des deux enfants se touchèrent, et les lèvres violettes du nourrisson se rapprochèrent de la joue du garçon comme d'une mamelle.
La petite ayant réussi à retrouver la joue du garçon, y appuya sa bouche, et, réchauffée, s'endormit. Premier baiser de ces deux âmes dans les ténèbres.
Key Concepts
- Alors il eut peur et songea à fuir.
- L'enfant s'avança du côté d'où venait la voix.
- Il avait sur lui un vêtement sec et chaud, sa vareuse. Il posa le nourrisson sur la poitrine de la morte, ôta sa vareuse, en enveloppa la petite fille, ressaisit l'enfant, et, presque nu maintenant sous les bouffées de neige que soufflait la bise, emportant la petite dans ses bras, il se remit en route.
- Quand la petite se sentit dans ses bras, elle cessa de crier.
- Premier baiser de ces deux âmes dans les ténèbres.
Context
Clôture du passage : après avoir déterré la mère morte et la petite fille agonisante, l’enfant errant renonce à sa propre protection contre le froid pour envelopper le nourrisson, et la narration insiste sur ce geste de sacrifice et sur la naissance d’un lien intime entre ces deux êtres abandonnés.