Victor Hugo dépeint la popularité de la reine Anne comme le produit d’un régime où l’on ne demande au souverain que de ne rien faire, tandis que le peuple anglais supporte un fardeau militaire et financier colossal au profit de la gloire monarchique et de l’entretien coûteux de l’Europe monarchique et diplomatique.

By Victor Hugo, from L'Homme qui rit

Key Arguments

  • Hugo insiste sur le non‑agir royal comme condition suffisante de popularité : « La Queen Ann, nous venons de le dire, était populaire. Que faisait-elle pour cela ? rien. Rien, c'est là tout ce qu'on demande au roi d'Angleterre. Il reçoit pour ce rien-là une trentaine de millions par an. »
  • Il énumère l’expansion navale spectaculaire sous Anne pour montrer que ce sont les Anglais qui agissent et payent : « En 1705, l'Angleterre, qui n'avait que treize vaisseaux de guerre sous Élisabeth et trente-six sous Jacques Ier, en comptait cent cinquante. »
  • Le peuple finance simultanément plusieurs armées sur divers théâtres : « Les anglais avaient trois armées, cinq mille hommes en Catalogne, dix mille en Portugal, cinquante mille en Flandre, et en outre ils payaient quarante millions par an à l'Europe monarchique et diplomatique, sorte de fille publique que le peuple anglais a toujours entretenue. »
  • Le vote d’un emprunt massif est présenté comme un élan patriotique populaire : « Le parlement ayant voté un emprunt patriotique de trente-quatre millions de rentes viagères, il y avait eu presse à l'échiquier pour y souscrire. »
  • Hugo multiplie les exemples de victoires, de conquêtes et de gains territoriaux ou maritimes pour souligner l’ampleur de l’effort : « L'Angleterre envoyait une escadre aux Indes-Orientales, et une escadre sur les côtes d'Espagne avec l'amiral Leake, sans compter un en-cas de quatre cents voiles sous l'amiral Showell. L'Angleterre venait de s'amalgamer l'Écosse. On était entre Hochstet et Ramillies, et l'une de ces victoires faisait entrevoir l'autre. »
  • Il détaille les prises sur la France : « L'Angleterre, dans ce coup de filet de Hochstet, avait fait prisonniers vingt-sept bataillons et quatre régiments de dragons, et ôté cent lieues de pays à la France, reculant éperdue du Danube au Rhin. »
  • L’énumération des succès coloniaux et navals met encore en scène un peuple très actif sous une reine inactive : « L'Angleterre étendait la main vers la Sardaigne et les Baléares. Elle ramenait triomphalement dans ses ports dix vaisseaux de ligne espagnols et force galions chargés d'or. [...] En attendant elle avait pris Gibraltar et elle prenait Barcelone. »
  • La question rhétorique finale tourne en dérision l’attribution de ces « grandes choses » à la reine : « Que de grandes choses accomplies ! Comment ne pas admirer la reine Anne qui se donnait la peine de vivre pendant ce temps-là ? »

Source Quotes

On avait repris le bât de l'idolâtrie royaliste. La Queen Ann, nous venons de le dire, était populaire. Que faisait-elle pour cela ? rien. Rien, c'est là tout ce qu'on demande au roi d'Angleterre. Il reçoit pour ce rien-là une trentaine de millions par an.
Rien, c'est là tout ce qu'on demande au roi d'Angleterre. Il reçoit pour ce rien-là une trentaine de millions par an. En 1705, l'Angleterre, qui n'avait que treize vaisseaux de guerre sous Élisabeth et trente-six sous Jacques Ier, en comptait cent cinquante.
En 1705, l'Angleterre, qui n'avait que treize vaisseaux de guerre sous Élisabeth et trente-six sous Jacques Ier, en comptait cent cinquante. Les anglais avaient trois armées, cinq mille hommes en Catalogne, dix mille en Portugal, cinquante mille en Flandre, et en outre ils payaient quarante millions par an à l'Europe monarchique et diplomatique, sorte de fille publique que le peuple anglais a toujours entretenue. Le parlement ayant voté un emprunt patriotique de trente-quatre millions de rentes viagères, il y avait eu presse à l'échiquier pour y souscrire.
Les anglais avaient trois armées, cinq mille hommes en Catalogne, dix mille en Portugal, cinquante mille en Flandre, et en outre ils payaient quarante millions par an à l'Europe monarchique et diplomatique, sorte de fille publique que le peuple anglais a toujours entretenue. Le parlement ayant voté un emprunt patriotique de trente-quatre millions de rentes viagères, il y avait eu presse à l'échiquier pour y souscrire. L'Angleterre envoyait une escadre aux Indes-Orientales, et une escadre sur les côtes d'Espagne avec l'amiral Leake, sans compter un en-cas de quatre cents voiles sous l'amiral Showell.
En attendant elle avait pris Gibraltar et elle prenait Barcelone. Que de grandes choses accomplies ! Comment ne pas admirer la reine Anne qui se donnait la peine de vivre pendant ce temps-là ? À un certain point de vue, le règne d'Anne semble une réverbération du règne de Louis XIV.

Key Concepts

  • La Queen Ann, nous venons de le dire, était populaire. Que faisait-elle pour cela ? rien. Rien, c'est là tout ce qu'on demande au roi d'Angleterre.
  • Il reçoit pour ce rien-là une trentaine de millions par an.
  • Les anglais avaient trois armées, cinq mille hommes en Catalogne, dix mille en Portugal, cinquante mille en Flandre, et en outre ils payaient quarante millions par an à l'Europe monarchique et diplomatique, sorte de fille publique que le peuple anglais a toujours entretenue.
  • Le parlement ayant voté un emprunt patriotique de trente-quatre millions de rentes viagères, il y avait eu presse à l'échiquier pour y souscrire.
  • Que de grandes choses accomplies ! Comment ne pas admirer la reine Anne qui se donnait la peine de vivre pendant ce temps-là ?

Context

Après l’allégorie du cheval‑peuple, Hugo applique sa critique au cas concret de la reine Anne, montrant la disproportion entre l’inactivité confortable de la souveraine et l’immense effort militaire, naval et financier consenti par le peuple anglais, y compris pour entretenir l’« Europe monarchique et diplomatique ».