Ideas from Démocratie et totalitarisme

By Raymond Aron

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Sample Ideas

  • Les régimes constitutionnels‑pluralistes déçoivent inévitablement parce qu’ils sont prosaïques, fondés sur l’acceptation des imperfections humaines, et que leurs vertus les plus hautes sont surtout négatives (ce qu’ils empêchent), vertus dont on ne prend pleinement conscience qu’une fois perdues.
  • Les régimes constitutionnels‑pluralistes confèrent inévitablement des privilèges à la minorité gouvernante, mais ils offrent aussi, plus que tout autre type de régime connu, des garanties aux gouvernés, notamment grâce à la publicité qui limite les abus ; toutefois, ces garanties ne suffisent pas à juger la valeur globale d’un régime, et les démocraties pluralistes peuvent coexister avec des structures sociales encore très aristocratiques.
  • L’auto‑interprétation soviétique ne contient pas de véritable théorie de l’État et du régime politique : l’idée que le pouvoir est exercé par le prolétariat est une fiction mythologique qui masque une oligarchie de parti, et cette doctrine oscille en outre entre l’affirmation d’une homogénéité sociale et celle d’une lutte de classes intensifiée, positions logiquement incompatibles.
  • La constitutionnalité désigne à la fois l’organisation réglée de la concurrence pour le pouvoir, la subordination des décisions gouvernementales à des procédures et l’existence d’instances juridictionnelles indépendantes, tandis que la révolution est définie comme rupture de légalité ; de ce point de vue, les régimes de parti monopolistique sont par essence et durablement révolutionnaires, même lorsqu’ils se dotent de constitutions formelles qu’ils ne respectent pas.
  • Dans le contexte historique des sociétés industrielles modernes, les principales différences entre types de sociétés tiennent d’abord à l’organisation des pouvoirs publics : au sein d’un même « genre » industriel, c’est la politique qui différencie les espèces, idée que Raymond Aron reprend et transpose de Tocqueville.
  • La doctrine marxiste, telle qu’elle était disponible pour les bolcheviks, offrait des schémas très généraux sur la primauté de l’infrastructure économique et la marche historique du capitalisme vers le socialisme, mais elle était presque muette sur l’organisation concrète du régime économique et politique socialiste, ce qui a laissé aux dirigeants bolcheviks une grande latitude pour expérimenter, notamment en matière de propriété publique, de planification et de forme de l’État.
  • L’extermination des Juifs par le régime hitlérien – décision de mettre à mort industriellement six millions de personnes en pleine guerre – constitue un phénomène terroriste sans précédent par son irrationalité au regard des objectifs militaires et par son caractère programmatique, décidé par un petit nombre de dirigeants pour assouvir une haine raciale et « refaire la carte raciale de l’Europe ».
  • Un trait constant du régime français est de tolérer, à chaque grande crise, qu’une fraction importante de la nation reste moralement non loyale et se comporte comme une sorte d’« émigration intérieure », ce qui fragilise le loyalisme nécessaire aux régimes constitutionnels‑pluralistes sans pour autant autoriser mécaniquement la mise hors la loi de ces opposants.
  • La troisième phase de l’histoire interne du Parti bolchevique est marquée par la substitution progressive de la désignation à l’élection des cadres et par l’ascension de Staline qui, en utilisant des procédures semi‑constitutionnelles et le formalisme majoritaire, transforme le parti en un appareil dont il contrôle la majorité grâce à la maîtrise des nominations.
  • La typologie en trois types n’est ni exhaustive ni rigide : dans le monde contemporain, on observe de nombreux régimes mixtes ou équivoques, souvent issus d’un groupe armé ou d’un chef charismatique, qui ne se laissent pas aisément ranger dans les catégories autoritaire‑conservateur, fasciste ou communiste, comme le montrent les cas de l’Égypte nassérienne, de certains pays d’Amérique du Sud et de l’Argentine péroniste.