Ideas from Propos

By Alain

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Sample Ideas

  • Une vérité déjà su et une proposition déjà démontrée présentent un inconvénient majeur du point de vue de la formation de l’esprit : on ne peut plus les apprendre ni en être sûr au sens vivant du terme, car l’appropriation active et la certitude personnelle supposent la recherche et la preuve par soi-même.
  • Alain analyse le mécanisme psychologique par lequel un châtiment agit : ce n’est pas la violence en soi, mais le souvenir vif de la peine, intimement lié au souvenir de la faute, qui modère le désir ; de ce point de vue, la peine de mort (comme l’emprisonnement perpétuel) est moins « instructive » que des peines répétables comme le fouet, puisqu’elle ne forme pas ce lien mnésique chez ceux qu’elle frappe.
  • Des mouvements ou figures extra‑ecclésiaux comme Tolstoï ou le positivisme ont, un moment, incarné une fonction de « pape » ou de religion universelle, mais ils ont échoué à constituer un véritable pouvoir spirituel durable, faute de continuité, d’organisation et de fidélité pratique à leurs propres principes, parce qu’ils se sont à leur tour compromis avec la richesse et le pouvoir temporel.
  • Alain adopte et met en avant la formule selon laquelle « La démocratie n’est pas le règne du nombre, c’est le règne du droit », ce qui l’amène à critiquer les Proportionnalistes qui réduisent la République au fait de remettre le pouvoir aux plus forts numériquement, comme si la justice se confondait avec la force du nombre.
  • Les situations objectivement extrêmes ou tragiques (condamnation à mort, noyade imminente) ne garantissent nullement un état subjectif de malheur ou de volonté de se sauver : le malheur dépend encore de ce à quoi l’on pense, et il est possible, jusque dans ces instants, d’être occupé par des détails ou même de ne pas vouloir saisir l’occasion de se sauver.
  • La liberté réelle de l’écrivain ne consiste pas en une absence de contraintes extérieures, mais dans une autodiscipline réfléchie (rhétorique, modération, corrections) exercée à l’intérieur même des contraintes sociales, économiques et psychologiques liées au public et au journal ; ces contraintes, loin d’être seulement « viles », contribuent à empêcher la déclamation vide.
  • Les scènes vécues, les spectacles et les pratiques collectives exercent une puissance décisive sur les esprits, au point que des hommes énergiques et fiers, « âmes royales », peuvent se passionner et délibérer avec sérieux sur les droits des chevaux sans même penser aux droits des hommes, révélant la force formatrice du milieu et des images sur le jugement moral.
  • La raison humaine serait née dans la solitude des pays froids et des longs hivers, comme puissance de calcul et de justice destinée à vaincre un jour la poésie et l’amour passionnels ; mais le combat entre raison et ivresse religieuse ou poétique est encore loin d’être terminé, car même les plus raisonnables gardent une tendresse pour les dieux et pour la musique.
  • Les hommes, et surtout les enfants, n’ont ni la vue d’ensemble ni la sagesse nécessaires pour occuper la place de Dieu : ils veulent modifier le monde selon leurs désirs limités, mais l’ordre exige qu’ils restent « à leur rang », mûrissent par l’expérience et la souffrance, comme l’illustre le refus accordé à Phaéton de conduire le char du soleil.
  • Le Sociologue défend une politique empiriste et relativiste qui se méfie des idées abstraites et de l’égalité « jacobine », soutient qu’il faut « étudier les faits » et « agir dans les faits », et juge l’introduction du suffrage universel comme une erreur historique, inadaptée à l’état de l’« esprit public » et productrice d’un « régime bâtard ».