Ideas from Barbarism

By Michel Henry

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Sample Ideas

  • C’est l’Individu comme ipséité auto‑affective, et non comme individu empirique dans l’espace, qui unifie en un même monde la forteresse et la ligne électrique, de sorte que les lois de leur relation sont des lois esthétiques de la sensibilité ; lorsque la science ignore ces lois fondatrices de tout « mettre ensemble », un monde par nature esthétique prend la figure de l’horrible et de l’horreur.
  • L’essence originelle de la tekhnê n’est pas un schème idéal mais la praxis auto‑affective de la vie elle‑même, qui s’individualise dans l’ipséité et trouve sa figure première dans le Corps subjectif en effort contre la Terre.
  • La culture moderne, dominée par la science, accomplit l’auto‑négation de la vie sur deux plans – théorique et pratique – et étend à l’ensemble du monde social le modèle de comportement du savant qui met sa propre vie entre parenthèses, précipitant ainsi la société tout entière dans la barbarie.
  • Le sentiment et l’affectivité ne peuvent jamais être donnés dans une évidence apodictique : ce qui fait d’eux des sentiments est justement leur impossibilité de se présenter comme des objets stables dans l’ek‑stase d’un voir, par opposition aux idéalités mathématiques, seules à pouvoir être retrouvées identiques dans le temps.
  • Les sciences humaines objectivistes (psychologie et sociologie « scientifiques ») ne triomphent dans l’Université qu’en s’alimentant secrètement au désespoir des individus : en hypostasiant la société et en réduisant l’histoire, la littérature et la philosophie à des effets de structures, elles retirent à chaque discipline son objet propre, détruisent la dimension culturelle de l’histoire et du littéraire, et disqualifient la philosophie comme principe d’intelligibilité au profit de son traitement sociologique comme idéologie.
  • La barbarie est toujours seconde et dérivée : elle n’est pas un état originaire, mais la ruine et la dégénérescence d’une culture première, présente dès les formes les plus frustes d’organisation sociale.
  • Les « essences originelles » des opérations scientifiques (conception, idéation, abstraction, analyse, etc.) ne sont pas des idéalités transcendantales données à une theoria, mais des potentialités pratiques de la vie elle‑même ; la vie s’identifie à ces pouvoirs‑faire et, en les exerçant, porte les opérations scientifiques à leur accomplissement, de sorte que, envisagée à partir de ces prestations vécues, la science est une forme de culture fondée dans la praxis, soumise à un devenir et à un progrès habituel des capacités de l’esprit.
  • La transmission de tout savoir, qu’il soit théorique, pratique, corporel, esthétique, éthique ou religieux, consiste en une répétition phénoménologique – théorique et pathétique – des actes d’évidence et du pathos qui les porte ; cette répétition, que Henry nomme « contemporanéité », rend l’apprenant contemporain de la vérité transmise et possède sa propre temporalité et omni‑temporalité, ce qui exclut que la pédagogie puisse être réduite à un ensemble de lois formelles indépendantes du contenu.
  • La temporalité propre de la vie est une auto‑affection pathétique non ekstatique – une omniprésence à soi comme croissance continue de l’accroissement – qui constitue la plénitude de l’Énergie et fonde l’exigence permanente d’accomplissement dont le non‑accomplissement engendre l’ennui.
  • La destruction de l’Université par le monde de la technique se produit en deux temps : d’abord l’abolition de la frontière fonctionnelle qui séparait Université et société, ensuite l’irruption de la technique au sein même de l’Université, qui l’anéantit en tant que lieu de culture.